Le e-fantasme des partis politiques français

La semaine dernière, le Modem a sorti en grande pompe son nouveau réseau social : lesdemocrates.fr
A trois ans des Présidentielles françaises, tous les partis politiques se mettent en ordre de marche pour la future conquête des votes sur le web. Une  victoire outre-atlantique bien connue fait fantasmer les spin-doctors français qui aimeraient bien faire un coup en 2012. Mais voilà, pour gagner il ne suffira pas de jouer…

La stratégie du sandwich numérique

Il existe une raison majeure pourquoi les partis politiques français ne peuvent pas reproduire le cas américain : les staffs internet des partis ne mettent pas en place une stratégie globale et centralisée. Disons plutôt, pour être clément, que d’ici 3 ans, les stratégies des partis auront peut-être su trouver leur voie et imprimer leur marque. Mais, pour l’instant, les stratégies des grands partis consistent en un empilement d’outils internet isolés les uns des autres, et qui parfois se concurrencent…

Par exemple, puisque c’est l’actualité, revenons sur la stratégie du Modem : rien de spécial à dire sur le site lesdemocrates.fr, lancé par Nicolas Voisin la semaine dernière. Il y a dans ce réseau social, tout ce qu’on peut en attendre , sans fioritures ni grande innovation, donc R.A.S

Mercredi prochain une conférence de presse doit avoir lieu présentant officiellement lesdemocrates.fr mais également… le forum démocrate, projet de développeurs bénévoles, emmené par Christophe Ginisty. Les démocrates.fr et le forum démocrate sont deux projets parallèles semble t-il validés par la direction du Modem, mais le hic c’est qu’il n’y aurait eu aucune communication entre eux jusqu’à ce jour, et ce depuis plus de 6 mois… Christophe Ginisty, semble avoir été averti par la presse du lancement de l’outil lesdémocrates.fr . Quand on sait cela, on est tout de même en droit de se poser la question de la stratégie (et même sans connaitre toutes les spécificités techniques des outils) : comment deux outils sociaux réalisés sans concertation et sans communication vont-ils pouvoir se compléter au sein d’un même parti, et servir à la conquête du pouvoir ?

Bis repetita à l’UMP : il y a peu, début janvier, nous apprenions que l’UMP avait choisi Isobar pour créer son propre réseau social . Les nouveaux mâitres de l’internet Umpiens ont-ils donc oublié que le réseau UMP.net existe depuis les élections municipales 2008 ? Sans compter que plus de la moitié des militants de l’UMP se seraient inscrits sur UMP.net, alors pourquoi doublonner …?  Voici un extrait d’un billet de Vincent Ducrey en date du 2 février 2008, qui dresse un premier bilan chiffré du réseau social UMP.net :

« Une approche très centralisée pour l’UMP. Un ordre de marche plus chaotique au PS. Par exemple, sur les 370.000 adhérents que compte l’UMP, un peu plus de la moitié d’entre eux, soit 190.000, seraient membres de UMPNet, une plate-forme participative du parti sur Internet. « Nous avons souhaité rendre les technologies le plus accessibles possible à tous les candidats sur notre site. Cent fédérations nous ont rejoints et tout le monde s’y met maintenant, petits comme grands candidats », explique Thierry Solère, secrétaire national de l’UMP chargé d’Internet »

Que ce soit au modem ou à l’UMP, les stratégies online n’ont pas vraiment l’air « centralisées ». On semble préférer noyer les militants dans des couches numériques empilées les unes sur les autres comme un mauvais sandwich qui finira par donner mal au coeur

sandwichnumerique
Des défaillances structurelles ?

Le point le plus révélateur du manque de cohérence sur ces stratégies est la communication au sein même des partis, qui semble mener inexorablement vers des outils doublon sur internet. Alors qu’aux Etats-Unis un Joe Rospars, via son agence Blue State Digital, centralisait les directives online tout en faisant travailler une équipe pléthorique réunissant des anciens de Facebook et Google et une armée de militants online, les partis français travaillent à « l’ancienne », selon le fait du Prince. Une chose est sûre, au vu des remues ménages internes (voir par exemple « la guerre des Christophe » au Modem) Internet est devenu un enjeu important au sein des partis. Mais il est dépendant du bon vouloir du locataire en place : X. Bertrand (nouveau secrétaire général de l’UMP) dézingue UMP.Net lancé par Devedjian un an plus tôt; Bayrou use et abuse de l’adage « diviser pour mieux régner » en faisant travailler plusieurs commissions du parti en parallèle.

Une bonne stratégie internet s’épanouirait-elle donc dans un exercice solitaire, loin des manoeuvres de parti ? Si tel est le cas, la position de challenger à la frontière du parti prônée par Ségolène Royal, entourée et appuyée par un parti de supporters online, lui ouvrirait peut-être les voies impénétrables du ciel online.

Cross-posted sur Netpolitique

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23 février 2009. Étiquettes : , , , , . France, USA.

2 commentaires

  1. Christophe Grébert replied:

    Il est toujours hasardeux de se comparer aux Etats-Unis : non seulement les budgets des partis politiques français ne sont pas les mêmes, mais en plus la part qui est consacrée à la stratégie internet est ridiculement faible.
    En effet, toutes les initiatives que vous décrivez fonctionnent en grande partie sur la bonne volonté de militants, certes professionnels, mais bénévoles. Les promesses de rétribution sont ailleurs : j’imagine que ceux qui ont travaillé pour la campagne de Nicolas Sarkozy s’y retrouvent aujourd’hui.
    En réalité, c’est toute l’organisation des partis qui est à revoir : combien de permanents sont là grâce à leurs relations plutôt que pour leurs compétences ? Combien savent se servir efficacement d’un simple outil de mail ou d’un moteur de recherche ? Et je ne parle pas de savoir animer un réseau social en ligne !
    On pouvait espérer du MoDem – un parti politique nouveau – qu’il partent de ce point de vue sur de bonnes bases. Je souhaite à Christophe et Nicolas d’avoir la capacité de faire un peu avancer les choses, car l’inertie est particulièrement forte dans nos organisations politiques.

  2. Arnault Coulet replied:

    Christophe, merci de votre intervention. Je pense que la question est moins la puissance des moyens (à ce titre la France ne fait bien sûr pas le poids face aux USA) que ce que vous soulevez dans la deuxième partie, à savoir une malculture interne, et une inertie à porter des projets sur le web qui demandent une certaine agilité. Et peut être aussi une certaine remise en question

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